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Malgré des scores historiques et la prise de contrôle de plus de 60 communes lors des élections municipales françaises, le Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, sera déçu de son incapacité à percer dans les grandes villes. Les gros titres en provenance de France après le second tour des élections, le 22 mars, témoignent de la ténacité du centre gauche et du centre droit, dont les candidats ont conservé le contrôle de toutes les mairies importantes du pays.
Les deux partis qui dominent les extrêmes politiques français – le RN (République nationale), d’extrême droite, dirigé par Marine Le Pen et Jordan Bardella, et La France insoumise (LFI), d’extrême gauche, de Jean-Luc Mélenchon – ont progressé dans certaines villes de province. Mais ils n’ont réussi à conquérir aucune des grandes villes.
C’est important car la France retournera aux urnes en 2027 pour élire son prochain président. Les élections locales étaient largement perçues comme une répétition générale – et les résultats révèlent les limites des stratégies des deux partis. Pour le RN, l’incapacité à percer dans des villes comme Marseille et Toulon – conjuguée au refus des Républicains (LR, centre-droit) de s’allier avec ses candidats – montre que, pour l’extrême droite, le chemin vers l’Élysée reste semé d’embûches.
Pour LFI, cette même incapacité à transformer son influence nationale en pouvoir local soulève des questions quant à la capacité de Mélenchon à unifier la gauche en vue de la campagne présidentielle de l’année prochaine.
Pour le RN, le résultat idéal aurait été une victoire à Marseille. La conquête de la deuxième ville de France aurait constitué un coup de maître. Après le premier tour des élections locales, le 16 mars, une victoire dans la ville portuaire semblait toutefois improbable, surtout après le refus de la candidate de centre-droit, Martine Vassal, de s’allier avec le RN.
La décision de Vassal est emblématique d’un des grands enseignements de ces élections : le parti de centre-droit LR a résisté à la tentation de s’allier à l’extrême droite, même lorsque cela aurait pu lui conférer un pouvoir local. Le maire de centre-gauche de Marseille, Benoît Payan, a tracé sa propre ligne rouge en refusant de fusionner sa liste électorale avec LFI. Il a néanmoins conservé son poste aisément, remportant 54 % des voix au second tour, loin devant Franck Allisio (RN) qui a obtenu 40 %. Ce double refus à Marseille – le centre-droit rejetant l’extrême droite, le centre-gauche rejetant la gauche radicale – illustre la résilience du courant politique dominant dans les grandes villes françaises.
Bataille pour la crédibilité
Si la prise de Marseille relevait toujours du défi, le Royal Naval Service (RN) avait investi massivement dans la reconquête d’une autre ville portuaire importante de la Côte d’Azur : Toulon. C’est dans cette ville qu’en 1995, le parti, alors appelé Front National (FN) et dirigé par le père de Marine Le Pen, Jean-Marie Le Pen, avait réalisé une percée historique en prenant le contrôle du conseil municipal. C’était la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que l’extrême droite s’emparait d’une grande ville française.
Mais le maire FN, Jean-Marie Le Chevallier, a connu un mandat désastreux. En conflit avec ses propres conseillers municipaux, il a fini par quitter le parti en 1999 après une altercation avec Marine Le Pen (père). L’échec de la gestion du conseil municipal de Toulon (Le Chevallier a obtenu moins de 8 % des voix lors de sa réélection en 2001) a pesé lourdement sur le parti pendant de nombreuses années.
Comme nous l’avons démontré dans notre étude sur le RN dans les collectivités locales, surmonter cette réputation d’incompétence a été un objectif majeur pour tous les maires du parti élus depuis 2014. Reconquérir Toulon aurait été un geste hautement symbolique. Mais la candidate du RN (et actuelle députée), Laure Lavalette, malgré son avance au premier tour, a finalement été battue au second tour par la maire sortante de centre-droit, Josée Massi, avec 48 % des voix.
Ce résultat démontre la force durable du front républicain : l’alliance tactique d’électeurs de tout l’échiquier politique pour contenir l’extrême droite.
Néanmoins, les sympathisants du RN ont pu se consoler avec d’importantes victoires dans des villes de taille moyenne du sud, notamment Carcassonne, Menton et Orange – une commune déjà conquise par le parti en 1995. Le RN a également conservé la grande majorité des villes qu’il administrait déjà, dont plusieurs remportées dès le premier tour. C’est le cas de Perpignan, qui demeure la plus grande ville dirigée par le parti. Dans ces bastions historiques, les maires RN se sont efforcés de redorer l’image du parti et de professionnaliser sa gestion des collectivités locales.
Le succès de cette stratégie est illustré par la réélection de Steeve Briois, maire de longue date d’Hénin-Beaumont, avec un score écrasant de 78 % des voix dès le premier tour. Son succès semble avoir eu un effet d’entraînement dans l’ancien bassin minier du Grand Nord français, avec des victoires pour le RN dans plusieurs communes voisines. La consolidation d’un bloc solide de communes gérées par le RN dans le nord de la France, aux côtés de celles de son fief traditionnel du sud-est, est l’un des résultats les plus marquants de ces élections.
Des signes annonciateurs de ce qui va arriver ?
Mais le résultat le plus significatif pour l’extrême droite est sans doute survenu lors d’un duel entre anciens alliés de centre droit. À Nice, cinquième ville de France, Éric Ciotti – qui avait rompu avec les LR (Républicaines locales) en 2024 pour rejoindre le RN en vue des élections législatives – a battu son ancien mentor, le maire sortant Christian Estrosi.
La victoire de Ciotti soulève une question délicate pour LR. Alors même que le parti, au niveau national, s’est opposé à toute alliance avec l’extrême droite, l’une de ses figures les plus emblématiques a démontré que franchir cette ligne rouge pouvait s’avérer électoralement payant. Reste à savoir si le parcours de Ciotti restera un cas isolé ou s’il deviendra un modèle pour d’autres personnalités politiques de centre-droit ambitieuses : ce sera l’un des enjeux clés à suivre dans la campagne présidentielle de 2027.
Ces élections locales confirment que le chemin du RN vers l’Élysée passe par une France qui n’est pas encore prête à lui céder le pouvoir. Toutefois, les fissures apparues à Nice au sein du Front républicain , même si elles ne se sont pas encore propagées à l’ensemble des électeurs, laissent penser que « pas encore » ne signifie pas forcément « jamais ».
Fred Paxton
Chercheur associé, études politiques et internationales, Université de Glasgow
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