Dans un contexte de polarisation croissante , de désinformation et d’inquiétudes économiques , la santé des démocraties représentatives sera mise à l’épreuve lors des élections de 2026 sur tous les continents.
Quatre élections cruciales vont soit renforcer les normes démocratiques, soit risquer d’éroder davantage la confiance dans les processus libres et équitables.
1. Élections de mi-mandat aux États-Unis : un référendum sur Trump
Prévues pour le 3 novembre, les élections de mi-mandat américaines verront les 435 sièges de la Chambre des représentants à pourvoir, ainsi qu’un tiers des 100 sièges du Sénat.
Historiquement, le parti au pouvoir à la Maison-Blanche a tendance à perdre du terrain lors des élections de mi-mandat . C’est pourquoi les élections de 2026 revêtent une importance capitale pour le président Donald Trump. Les sondages actuels indiquent que les Républicains pourraient perdre le contrôle de la Chambre des représentants et voir leur majorité au Sénat réduite à deux ou trois sièges.
Trump a profité d’un Congrès complaisant pour faire adopter ses lois (comme le « grand et beau projet de loi »), faire approuver ses nominations judiciaires et échapper au contrôle habituel de son pouvoir exécutif.
Ainsi, si Trump perd l’une ou les deux chambres, cela risque de provoquer un blocage législatif. Et, si l’ on se fie à la première administration Trump , une Chambre des représentants contrôlée par les démocrates pourrait s’avérer problématique pour le président.
Plus important encore, les élections de mi-mandat de 2026 mettront à l’épreuve l’esprit démocratique américain, deux ans après le début du second mandat de Trump. Face aux inquiétudes persistantes concernant l’intégrité des élections et le recul démocratique , ces élections détermineront si les démocrates au Congrès sont capables de demander des comptes à Trump.
2. Brésil : un retour à la normale ?
Les Brésiliens se rendront aux urnes le 4 octobre pour élire un nouveau président, le Congrès national, ainsi que les gouverneurs et les législateurs des États. Le président sortant, Luis Inácio Lula da Silva, âgé de 79 ans, brigue un quatrième mandat, une situation inédite .
Le parcours politique de Lula a été jusqu’ici pour le moins mouvementé. En 2017, il a été reconnu coupable de corruption et de blanchiment d’argent et a commencé à purger une peine de 12 ans. Cette condamnation l’a empêché de se présenter aux élections générales de 2018.
Lula a été libéré en 2019 et sa condamnation a été annulée deux ans plus tard, lui ouvrant la voie à un retour au pouvoir grâce à une victoire serrée contre le président sortant Jair Bolsonaro.
Le troisième mandat de Lula a débuté par une tentative de coup d’État manquée début 2023, orchestrée par Bolsonaro et ses alliés. Bolsonaro a été condamné à 27 ans de prison pour son rôle dans cette tentative.
Parallèlement, Lula a reçu des avis partagés de la part des électeurs : selon de récents sondages, seul un tiers des Brésiliens estiment qu’il a fait un excellent travail, tandis qu’un tiers le juge médiocre. Les autres se situent entre les deux.
Avec la confirmation de la candidature de Flavio, le fils aîné de Jair Bolsonaro, l’élection permettra de savoir si le bolsonarisme – le mouvement politique de droite de Jair – peut survivre sous un nouveau dirigeant.
Cette élection déterminera également si le Brésil peut dépasser son histoire récente de polarisation et d’instabilité et préserver sa démocratie.
3. Le Bangladesh : une opportunité majeure pour la génération Z
Les élections générales de février au Bangladesh offrent quelque chose que le pays n’a pas connu depuis plus de 15 ans : une véritable opportunité pour les citoyens – et notamment les jeunes – de participer à un vote libre, équitable et compétitif.
Pour les militants de la génération Z qui ont contribué à renverser le gouvernement autocratique de la Première ministre Sheikh Hasina en 2024, ce moment est capital.
Après la chute d’Hasina suite au soulèvement étudiant, le vide du pouvoir a été comblé par un gouvernement intérimaire dirigé par le lauréat du prix Nobel de la paix, Muhammad Yunus. Ce gouvernement avait pour mission de réparer les institutions mises à mal par le régime de parti unique.
Plus d’un an après, le gouvernement s’efforce de rétablir l’indépendance du pouvoir judiciaire, de la commission électorale et des médias – fondements essentiels de toute transition crédible du pouvoir.
Les jeunes leaders tentent désormais de tirer parti de cette dynamique pour intégrer le système politique par le biais de leur nouveau Parti national des citoyens (PNC). Cependant, ils restent méfiants face aux réformes dépourvues de garanties juridiques solides.
Leur apparition sur la scène politique témoigne d’une remarquable transition ascendante dans un pays où près de 40 % de la population a moins de 18 ans.
Ce qui se passera en février aura des répercussions bien au-delà de Dhaka. Un scrutin crédible pourrait consolider les normes démocratiques et la stabilité régionale en Asie du Sud. Un scrutin entaché de compromissions risque de compromettre le renouveau insufflé par la jeunesse qui a rendu ces élections possibles.
4. Québec : une nouvelle impulsion vers l’indépendance ?
Les élections générales québécoises, prévues le 5 octobre, présentent un défi démocratique d’un autre ordre. Ce scrutin sera axé sur l’identité et la question persistante de l’appartenance nationale au sein de la fédération canadienne.
Ce concours intervient peu après l’adoption par le gouvernement en place de nouvelles lois controversées imposant l’usage du français et renforçant la laïcité de l’État .
Ces enjeux domineront inévitablement la campagne et soulèveront des questions existentielles liées à la souveraineté du Québec.
L’élection de 2026 s’annonce comme une bataille pour gagner le cœur des électeurs francophones, notamment entre la Coalition Avenir Québec, parti de centre-droit au pouvoir, le Parti libéral du Québec et le Parti Québécois (PQ), qui fait son retour.
Le PQ, qui est actuellement en tête des sondages , s’est ouvertement engagé à organiser un troisième référendum sur l’indépendance .
Bien que le soutien à l’indépendance ne soit pas encore majoritaire , un mandat fort pour le PQ pourrait relancer le débat sur la souveraineté. Cela engendrerait d’importantes tensions constitutionnelles au Canada et pourrait fort bien façonner l’avenir du pays.
Jean-Nicolas Bordeleau
Chercheur associé, Centre Jeff Bleich pour la démocratie et les technologies de rupture, Université Flinders





















